Journal d’un Requiniste passionné : la restauration d’Izenah III (4ème partie)

[singlepic id=794 w=400 h=350 float=left] Cet hiver, suivez avec nous le projet entrepris par Michel DEPUYDT : la restauration d’Izenah III, ancien Rascal.

Retrouvez la troisième partie ici : Journal d’un Requiniste passionné : la restauration d’Izenah III (3ème partie)

Retrouvez la seconde partie ici : Journal d’un Requiniste passionné : la restauration d’Izenah III (2ème partie)

Retrouvez la première partie ici : Journal d’un Requiniste passionné : la restauration d’Izenah III (1ère partie)

[singlepic id=791 w=350 h=400 float=right]Maintenant qu’IZENAH est à l’envers, il faut attaquer le décapage de la coque pour mettre le bois à nu.
Après un essai avec la grosse ponceuse à bandes, il faut trouver une autre solution car j’ai encrassé en 3 minutes une bande grain 50 pour faire un quart de mètre carré à cause des 10 ou 15 couches d’antifouling qui malgré le temps restent  mous.
Une entreprise spécialisée dans le gommage micro sablage d’antifouling et de meubles vient faire un essai concluant : le bois reste intact, voire un peu rugueux ce qui est même préférable pour l’accrochage des résines. Le travail sera fait sur place en 4 heures .

Un grosse corvée en moins surtout quand on connaît la nocivité des  molécules de ces peintures.
On peut maintenant stratifier après avoir arrondi les angles :

  • extérieur : arête pont coque à la ponceuse pour un rayon permettant d’appliquer les tissus sans bulles d’air.
  • intérieur : l’angle coque /quille est garni et arrondi à la petite cuiller au mastic époxy.

Après un très léger ponçage de toute la coque, une  première couche d’accrochage avec une résine époxy en phase aqueuse (résine +eau) à laisser bien sécher.

Puis un verre bi biais en largeur 1,3m et 400 gr/m2 stratifié dans le sens de la longueur. Ce tissu a la faculté d’épouser les surfaces courbes sans pli.

[singlepic id=792 w=350 h=400 float=left]Et sans attendre la prise de la résine une couche de sergé 200 grammes pour obtenir une surface bien lisse.

L’atelier est chauffé par générateur extérieur ; mais la température assez basse nous permet avec mon ami Maurice de tapisser toute la coque en une journée.

Contrairement au taux hygrométrique, une basse température n’a pas d’influence sur la dureté finale de la résine époxy ; c’est juste plus long à durcir.

[singlepic id=793 w=350 h=400 float=left]Deux couches de mastic époxy avec un léger ponçage après chaque couche puis un enduit époxy pistolable et encore un ponçage et … sacrilège ! On dirait un bateau en plastique …

[singlepic id=794 w=350 h=400 float=right]Avec Yvan et Maurice on replace le bébé dans le bon sens , avec un peu moins de stress qu’à l’aller, expérience oblige .

La repose du lest est faite en laissant descendre doucement la coque sur les nouveaux boulons en place dans leurs trous. Facile à dire !Mais il a fallu d’abord caler en position le lest qui , par sa forme , a une fâcheuse manie à rester couché . Deux châssis à roulettes et un bon calage en madrier boulonnés le maintiennent dans la position de travail.

Et maintenant il faut traiter le pont avec la même recette. Sauf que le contreplaqué peut être traité au décapeur thermique ; Il y a tout de même au moins 10 couches de peinture environ 2 mm ; Charles et Louis-Fanch s’y colleront pendant les vacances scolaires avec Maurice .

En une journée ; le pont est stratifié et enduit en poncé en trois jours ; même échantillonnage : un bi biais 440 et un sergé 195.

Louis va se charger de me fabriquer deux bancs extérieurs de cockpit plus grands que les anciens et de réusiner des profilés acajou, quart de rond et champlat qui n’ont pas résisté au démontage .

Nous allons maintenant attaquer les peintures et , plus passionnant , réarmer  le pont .

Hum , ça commence à sentir bon les embruns …

Michel DEPUYDT

7 commentaires

  1. Jean-Pierre BEUNIER 209 on

    Souvenir..Souvenir (air connu)

    Chantier qui me parait bien conçu et en bonne réalisation pour de la belle ouvrage.

    Petites astuces: j’ai supprimé les cales des boulons de quille/Lest et mis des varangues en lieu et place.
    Meilleure répartition d’efforts (Pouvreau construisait à la chaîne les coques et y ajustait après les lest…ce qui explique le montage existant pas très physique)

    Prévoir à la place du châssis des couchettes de faire un nouveau châssis avec 2 bois de 30/40mm d’épaisseur qui iront depuis l’attache étai jusqu’à l’arrière de la cabine et seront positionnés de part et d’autre de la quille en étant collés/vissés. Renforcera ainsi très sérieusement la rigidité longitudinale du voilier.

    Fraternité nautique

  2. Merci Jean Pierre B 209

    peux tu me donner des détails et éventuellement photos , sur ta suggestion de renforcement de rigidité longitudinale ; sur mon adresse mail si tu veux

    Cordialement

    Michel

  3. Cela m intéresse aussi car je veuxcrefaire toute la cabine avec les couchettes qui n y sont plus ( émeraude )

  4. Salut Michel,

    Je passe sur le sacrilège : stratifier un requin historique… :-((
    J’espère que tu as mesuré l’hygrométrie du bois avant de stratifier. Bien sûr!
    Il n’est pas trop tard pour le faire à l’intérieur.

    Maintenant que tu as un matériaux « vivant » qui a arrêté de respirer par l’extérieur, tu l’as en quelque sorte vitrifié, embaumé, momifié. Si tu veux que cet objet dure dans ce nouvel état, il faut absolument empêcher toute pénétration d’humidité par l’intérieur et donc faire une très bonne imprégnation époxy à l’intérieur AUSSI, sans renfort généralisé toutefois. Cela pourrait s’avérer meilleur mais plus lourd aussi. Les renforts stratifiés serraient toutefois souhaitables aux endroits où l’étanchéité de l’époxy pourrait souffrir des déformations de la structure et/ou d’impacts et/ou de frottements.

    BON COURAGE !

    PS : Ne suivez pas cet exemple, ne momifiez pas vos œuvres d’art d’ébénisterie, ne tuez pas les bateaux vivants.

  5. Salut Stephan

    STEPHAN

    Oui je sais …

    En passionné des vieux gréements que je suis , J’ai longtemps hésité et étudié le pour et le contre de la stratif des vieilles coques en bois ; ça avait commencé avec mon 6mJI . Mais aucun argument sérieux ne m’a dissuadé de le faire .

    Ha oui , la respiration par l’extérieur ;je demande des preuves ; tu crois vraiment qu’une coque bois de 45 ans recouverte de 10 à 15 couches de peinture et d’antifouling respire par l’extérieur ? moi non . et puis une fois embaumé , momifié , il durera autant que d’autres pharaons ;
    de toutes façons , pour une momification parfaite , j’ai déjà impregné les fonds intérieurs par une résine époxy diluée .

    Ma seule hésitation et mon petit regret pourrait être la beauté d’une carène en bois verni ; mais la mienne était couverte de taches noires qu’il était impossible de faire disparaitre . d’ailleurs le taux hygrométrique du bois était supérieur à 30 % sur ces taches pour 17 à 20 % ailleurs .alors que le bateau était au sec depuis 3 ans .

    J’aurais evidemment gardé la carène bois si elle avait été parfaitement entretenue et non tachée , genre ANTINEA ou DOENNA ;

    L’argument poids : j’ai acheté 70 kgs de complexe verre résine , et j’en aurai appliqué 60 une fois fini ; mais j’ai gratté , poncé , éliminé au moins 45 ans et 40 kgs de vielles peintures , supprimé un capot coulissant de 20 kgs inutile sur un requin .
    Et quand on connais ( pas facile ) la quantité d’eau – dont on n’aura plus besoin- et qu’il faut laisser entrer dans le bordé et dans la coque pour la rendre étanche ; je suis persuadé que mon bateau sera plus léger que dans sa version d’origine .
    Et il sera aussi plus rigide donc plus performant .

    En conclusion , je ne l’ai pas tué , j’aurai prolongé sa vie d’au moins 20 ans , ce qui n’était pas gagné du tout .

  6. Michel,

    Je tenais à préciser que la Strat’ n’est pas la seule solution, et qu’elle comporte des contraintes et des contre indications précises. La « vitrification » n’est pas une solution universelle. Entre tes mains expertes, elle aura pu paraître trop simple. Elle n’est pas véritablement favorable à la durée de vie du bateau si le travail n’est pas très soigné.

    Après, il y a un aspect subjectif qu’il appartient à chacun de penser et vivre comme il l’entend : le caractère « vivant » du matériau bois en bordé classique, le respect de l’œuvre, de l’esprit dans lequel elle a été conçue et fabriquée, le respect de l’ancien, l’intérêt supérieur du patrimoine sur nos aspirations pratiques, etc. Tout cela est parfaitement déraisonnable, tout comme est parfaitement déraisonnable la pratique d’un nautisme épuré, élégant et – relativement – détaché des contingences matérielles. Un peu utopique aujourd’hui.
    Mon avis sur ce point est donc tout à fait personnel et je le partage…

  7. Sur un plan technique, le taux d’humidité aurait du être plus bas avant encapsulage, à mon avis. Je peux prendre un avis expert sur ce point, mais nous savons déjà que l’epoxy est sensible à l’humidité. Un taux de 10-12% était une cible plus rassurante.
    Pour l’atteindre, il faut décaper (retour au bois brut) très longtemps à l’avance et rincer abondamment, plusieurs fois, en veillant bien sûr à ce qu’aucune poche d’eau douce ne se forme. Le taux de sel devrait être mesuré aussi. Une climatisation du local + ventilation du bateau pendant plusieurs semaines peuvent être nécessaire pour atteindre des taux d’humidité acceptables.
    Par ailleurs, sur un plan esthétique, les tâches du bois ne sont pas totalement irréversibles. Les tâches d’oxydation sont atténuées par des acides. Les autres le sont pas des lessives basiques, voire de l’eau de javel. Quelques artisans ont mis au point des recettes.
    Mais le bois apparent n’est forcément un premier choix dans la restauration d’un bordé classique. Ce serait même un peu blingbling, en tout cas pas très conforme aux pratiques habituelles du bordé classique. C’est tout simplement extrêmement fragile et peu durable…