Série sur les règles de course : épisode 3, pas d’eau au bateau comité

Combien de fois n’entend-on pas au moment du départ « pas d’eau au bateau comité ! » de la part d’un bateau « scotché » près de l’arrière du bateau comité, à l’encontre de ceux qui voudraient passer ou forcer le passage entre ce bateau et le comité ?
Cette situation peut s’avérer dommageable au sens littéral du terme et mérite effectivement que l’on s’y intéresse.

Dans un premier temps reprenons quelques définitions avant de nous attacher aux règles qui régissent cette situation.

1. Définitions :

Dans l’analyse de la situation de la vidéo à la porte sous le vent, nous avons repris un certain nombre de définitions que l’on trouve dans le préambule du recueil des RCV :

Dans le cas présent, il y a lieu de se rapporter aux définitions suivantes : MarquePlacePlace à la marqueRoute normale.
Néanmoins, il y a lieu de rajouter une définition, Prendre le départ : « Un bateau prend le départ quand, ayant été entièrement du côté pré-départ de la ligne de départ au moment de son signal de départ ou après, et ayant satisfait à la règle 30.1 si elle s’applique, une partie quelconque de sa coque, équipage ou équipement, coupe la ligne de départ en direction de la première marque ». Donc, en se référant à la définition de marque, un bateau comité « départ » est une marque.

2. Règles

Dans le chapitre 2 des RCV « Quand les bateaux se rencontrent », se trouve la Section C intitulée « AUX MARQUES ET OBSTACLES ».
Dans cette section, se retrouve en particulier la RCV 18 « PLACE A LA MARQUE », règle que nous avions évoquée dans l’analyse de la vidéo sur la situation à la porte sous le vent et qui régit le droit de passage à la marque avec un principe de base, à savoir très schématiquement, que le bateau intérieur a droit à la place.
On rappellera que cette section C limite les portées des règles de priorité telles qu’exposées dans la SECTION A PRIORITE de ce même chapitre 2 (à savoir tribord-bâbord, au vent-sous le vent….).
Or, il existe un préambule à cette section C qui intéresse plus particulièrement le bateau comité en tant que marque de départ :
« Les règles de la Section C ne s’appliquent pas à une marque de départ entourée d’eau navigable ou à sa ligne de mouillage à partir du moment où les bateaux s’en approchent pour prendre le départ et jusqu’à ce qu’ils les aient passées. »
Ayant vu les principes qui régissent le fait qu’il n’y ait pas d’eau au bateau comité, intéressons-nous maintenant à différentes situations (4) qui arrivent fréquemment en course à proximité du bateau comité au moment du départ.
Dans les illustrations à venir, le Bateau Comité est jaune, à droite, et la ligne de départ se situe entre la marque 1, à gauche, et le Bateau Comité ; le vent vient naturellement d’en haut à 90° de la ligne. Nous considérerons aussi que nous sommes dans la minute précédant le signal de départ. De même, en faisant référence à la Lay-Line, il s’agira de la Lay-Line tribord par rapport au bateau comité.

  • Cas n°1 : le prioritaire ferme la Porte

Vert et Bleu, tribord amures et au près serré, sont en approche du bateau comité pour prendre le départ. Vert est engagé sous le vent de Bleu, il est donc prioritaire (RCV 11), Vert sur la Lay-Line.
Dans cette situation, au fur et à mesure qu’ils approchent du bateau comité (position 1 à 3), Bleu n’a pas la place pour passer entre Vert et le Bateau Comité.
Vert a intérêt dès la position 2 à héler Bleu « Pas d’eau ».
Bleu ne peut pas forcer le passage sauf à entrer en contact, délibérément, avec Vert ou le Bateau Comité enfreignant la RCV 14. Il se voit donc contraint de virer de bord comme illustré en position 4 puis ensuite d’empanner pour venir prendre le départ. Attention néanmoins pour Bleu, 1/ au temps imparti pour prendre le départ après le signal de départ (en général 4 minutes) et 2/ aux éventuels bateaux qui partiraient derrière Vert et Bleu.

  • Cas n°2 : le prioritaire ne ferme pas la Porte

Dans ce schéma, Bleu est sur la Lay-Line, les autres paramètres étant inchangés.
Dans les positions 1 à 3 en vertu de la RCV 11, Vert peut lofer et fermer la porte à Bleu l’obligeant comme dans le cas n°1 à virer.
Par contre en position 4, Bleu ne peut plus répondre au lof éventuel de Vert du fait de la présence à son vent du Bateau Comité. En effet, Vert est limité dans son action de lof par la RCV 16 « modifier sa route » et donc, ne pouvant fermer la porte, laisse la place à Bleu.

  • Cas n°3 : un bateau vient forcer le passage

Position 1 : Bleu, tribord amure au près serré, s’approche du Bateau Comité un peu sous la Lay-Line. Rouge, tribord amure au travers, au dessus de la Lay-Line, est en route libre derrière et au vent de Bleu non prioritaire.
Position 2 : Bleu ne laisse pas de place entre lui et le bateau comité, Rouge ne peut, comme dans le cas n°1, forcer le passage. Bleu, à l’instar de Vert dans le cas n°1, a tout intérêt à héler « Pas d’Eau » à l’attention de Rouge.
Position 3 : Rouge a viré pendant que Bleu prend son départ.
Cette situation est celle dans laquelle Bleu peut se retrouver à l’issue de son 360 après la position 4 du cas n°1 ci-dessus.

  • Cas n°4 : un Bateau établit un engagement en vertu de la RCV 17.

Préambule, dans ce cas, nous admettrons que le signal de départ intervient en position 4.
Position 1, Bleu, tribord amure au près serré, s’approche du Bateau Comité un peu sous la Lay-Line. Vert est tribord amure au près bon plein en route libre derrière Bleu dans le sillage de Bleu.
Position 2, Vert établit un engagement sous le vent de Bleu et à moins de 2 fois sa longueur de coque sous le vent de Bleu. Il est donc potentiellement soumis à la RCV 17. Cependant, elle ne s’applique pas à ce stade de la course puisque les bateaux sont en procédure de départ. Donc en position 2 et 3 Vert peut lofer pour fermer la porte à Bleu. Evidemment il y a lieu aussi pour Vert de ne pas omettre de héler Bleu comme indiqué ci-dessus.
Attention, cependant Vert peut être limité dans son droit au lof par la RCV 15 (Acquérir une priorité : « Quand un bateau acquiert une priorité, il doit laisser à l’autre bateau la place de se maintenir à l’écart, sauf s’il acquiert la priorité en raison de l’action des l’autre bateau.»). En effet, il arrive lancé alors que Bleu pour maintenir sa position favorable a peu ou n’a pas de vitesse ce qui peut l’empêcher de répondre en bon marin au lofe de Vert. De même, Bleu, très proche du bateau comité, voulant répondre au lofe de Vert, peut ne pas pouvoir lofer sans entrer en contact avec celui-ci. Donc, pour Vert, il s’agit ainsi de tenir compte de la capacité de réponse de Bleu. Devant le jury, l’action de Vert prioritaire peut se retourner contre lui en vertu de cette RCV 15.
Position 4, compte tenu du fait que le signal de départ est donné, la RCV 17 s’applique. Vert, ayant engagé Bleu depuis une position en route libre derrière, perd son droit de lof et ne peut plus fermer la porte à Bleu.

Conclusion : le « pas d’eau au bateau comité » est un droit bien réel qui reste quand même dépendant de la manière dont les bateaux se sont trouvés engagés. Comme toujours au-delà de la situation stricto sensu, il est important de connaître la position des bateaux antérieurement à celle-ci.

Un commentaire

  1. Bruno TANTET on

    Subtil le n°4 ! Cela rappelle la situation où au près et avant le signal de départ le bateau engagé sous le vent peut envoyer au lof le bateau au vent jusqu’à être vent debout mais doit par contre reprendre sa route normale dés le top départ….