Série sur les règles de course, épisode 4 : bâbord amure à la marque au vent

Nous vous invitons cette semaine à découvrir le quatrième et dernier volet de notre série sur les règles de course : le cas d’école de l’arrivée d’un bateau bâbord amure à la bouée au vent, illustré grâce aux magnifiques photos d’Apsara (n°397) prises par Yves Suinat lors du dernier National Requin. Un grand merci à notre arbitre Didier Grèze pour toutes ses précieuses analyses.

1. Arrivée à la bouée

2. Apsara abat pour passer dans le trou derrière Jonas (coque noire) et devant Peau Rouge (coque rouge)

3. Après le virement, entre la bouée et Peau Rouge

4. Bouée passée. Ouf…

Les photos illustrent un cas fréquent à la marque au vent à savoir un bateau arrive sur la marque, bâbord amures, et de ce fait doit virer de bord à hauteur de la marque pour l’enrouler (attention, il ne la pare pas cf. définition ci-dessous) mais, ce faisant, il se trouve confronté aux autres concurrents qui arrivent tribord sur la marque pour la parer.

Cette situation est régie par la RCV 18 PLACE A LA MARQUE et plus particulièrement la RCV 18.3.

Cependant avant de l’expliciter, il est nécessaire de rappeler certaines définitions. Dans les situations précédentes (passage à la porte sous le vent, bateau comité), nous avons déjà vu les définitions suivantes : Marque, Parer, Place, Place à la marque, Zone.

Mais celles-ci ne suffisent pas et doivent être complétées par : Bord, tribord ou bâbord. Un bateau est sur le bord, tribord ou bâbord, correspondant à son côté au vent.

Tout d’abord avant de se concentrer sur la RCV 18.3, il y a lieu de rappeler que la RCV 18 ne s’applique pas dans certains cas très précis (cf. RCV 18.1 Quand la règle 18 s’applique) dont : « (b) entre des bateaux sur des bords opposés, quand à la marque, la route normale pour l’un mais pas pour les deux est de virer de bord. … ». Or c’est justement ce que le bateau bâbord va devoir faire.

C’est donc ce cas de figure qui est prévu par la RCV 18.3, que nous dit-elle ?

« 18.3 Virer de bord dans la zone »

Si un bateau dans la zone dépasse la position bout au vent et se retrouve ainsi sur le même bord qu’un bateau qui pare la marque, la 18.2 ne s’applique pas entre eux par la suite. Le bateau qui a changé de bord :
(a) ne doit pas obliger l’autre bateau à naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact ni empêcher l’autre bateau de passer la marque du côté requis, et
(b) doit donner la place à la marque si l’autre bateau devient engagé sur son intérieur ».

On appréhende déjà qu’arriver bâbord à la marque est une situation des plus délicates.

Illustrons cela par différents cas :

Cas n°1 Jaune bâbord vire derrière Bleu tribord.

 

 

 

 

 

 

Position 1
Bleu tribord amure au près serré sur la lay-line et Jaune bâbord amures sur la lay-line rentrent dans la zone.
Cependant, comme la route normale de Jaune est de virer à la marque au vent pour faire le parcours et la laisser à bâbord, la RCV 18.2 ne s’applique pas entre eux. C’est donc la RCV 10 qui s’applique puisque les 2 routes convergent.

Position 2 :
Ayant abattu pour passer derrière Bleu, Jaune bâbord respecte la RCV 10 en se maintenant à l’écart de Bleu tribord.

Position 3 :
Jaune a dépassé la position bout au vent et se retrouve dur le même bord que Bleu. Néanmoins Bleu n’a pas été obligé de naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact….. . Jaune a donc bien respecté aussi la 18.3.

Dans cette situation, aucune règle n’a été enfreinte.

Cas n°2 Jaune bâbord vire devant Bleu tribord

 

 

 

 

 

 

Position 1 :
Bleu tribord amure au près serré sur la lay-line et Jaune bâbord amure sur la lay-line sont dans la zone. Jaune est à un peu moins de deux longueurs de bateau devant Bleu et une longueur de Bleu en latéral donc légèrement en avance de Bleu. Comme pour la situation la RCV 18.2 ne s’applique pas.

Position 2
A la marque, Jaune vire de bord donc passe la position bout au vent mais une longueur devant Bleu.

Position 3
Jaune se retrouve sur le même bord que Bleu. Il enroule la marque en route libre devant Bleu qui lui la pare. Bleu n’a pas eu besoin de naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact.

De nouveau pas de règle enfreinte.
Attention néanmoins, au différentiel de vitesse entre Jaune qui sort d’un virement d’ou perte de vitesse et Bleu qui arrive lancé. Il arrive dans la plupart des cas que le Tribord soit obligé de naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact et…

Cas n°3 Jaune bâbord oblige Bleu tribord à navigue au-delà du plus près

 

 

 

 

 

 

Position 1 :
Bleu tribord amure au près serré sur la lay-line et Jaune bâbord amures sur la lay-line sont dans la zone. Jaune est à un peu moins d’une longueur de bateau devant Bleu et à une demi-longueur de Bleu en latéral. Comme pour la situation la RCV 18.2 ne s’applique pas.

Position 2 :
Jaune dépasse la position bout au vent et se retrouve sur le même bord que Bleu qui pare la marque. Cependant pour éviter le contact, Bleu est obligé de naviguer au-delà du plus près. Bleu proteste et envoie un pavillon rouge !

Dans cette situation, il ne fait aucun doute qu’en cas de réclamation, Jaune sera DSQ pour avoir enfreint la RCV 18.3.
Néanmoins sur l’eau, Jaune, conscient de son erreur, peut de lui-même réparer cette infraction en effectuant une pénalité (deux tours complets cf. RCV 44.1 ou un tour si les IC modifient la RCV 44.1).

Pour rappel RCV 44.1 Effectuer une pénalité:
« Un bateau peut effectuer une pénalité de deux tours quand il est susceptible d’avoir enfreint une ou plusieurs règles du chapitre 2 lors d’un incident quand il est en course …… .
Or la RCV 18.3 est bien une règle du chapitre 2.

Cas n°4 Jaune bâbord rencontre un « train de Tribord »

 

 

 

 

 

Position n°1
Bleu tribord amure au près serré sur la lay-line, sous le vent à moins d’une demi-longueur en latéral et en avant d’une demi longueur de Vert tribord Vert sous le vent à moins d‘une demi-longueur et en avant de plus d’une demi-longueur de Rouge
Les trois tribords sont engagés en entrant dans la zone.
Jaune bâbord amures sur la lay-line à une longueur devant Bleu et à une demi-longueur de Bleu en latéral est aussi dans la zone.
Comme pour les autres situations la RCV 18.2 ne s’applique pas.

Position n°2
Jaune dépasse la position bout au vent derrière Bleu. Jaune se retrouve en roue libre derrière Bleu lequel pare la marque sans avoir eu besoin de naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact avec Jaune.
De même du fait de leurs engagements respectifs au vent, Vert se trouve au-dessus de la lay-line par rapport à Bleu et Rouge est encore au-dessus. Ce décalage est favorable à Jaune qui peut virer sans obliger Vert et Rouge à naviguer au-delà du plus près.

Dans cette situation Jaune n’a pas enfreint la RCV 18.3.

Conclusion :

Arriver bâbord à la marque au vent est une situation qui est très défavorable puisque la RCV 18.3 est très contraignante pour le bâbordais. C’est même pour « protéger» le tribordais qu’elle a été conçue. Il faut aussi penser si on vire devant un Tribord au différentiel de vitesse (cf. fin du cas n°2).

En tout état de cause, si la situation de course est litigieuse (Protest hélé et pavillon rouge envoyé), le bâbordais a tout intérêt à réparer sa faute en effectuant une pénalité, l’impact sur le résultat de la course sera toujours plus faible qu’un DSQ !

4 commentaires

  1. Bruno TANTET on

    Classement sympa pour Morgan mais ce qu’il faut retenir c’est la qualité de cette manifestation nautique. 80 bateaux dont des très-très magnifiques. Des régates sur l’eau alternant côtiers et tactiques, une remontée de l’Odet le soir avec dégustation de langoustines, picnic aux Glénans, une météo superbe et des organisateurs avec 70 bénévoles à féliciter ++. Faites votre possible pour y être l’année prochaine !

  2. Veronique Protat on

    Comme c est étrange , cela fait des années qu ‘ Atalante , Aglaia oū Peter Pan font les Régates de Bénodet avec de bons résultats , Atalante ayant même gagné le prix d’élégance sans que le site de l Afpr n en parle, mais dès que Morgan arrive et gagne le premier des Requins , il a droit à de beaux commentaires et une photo!!! . I
    Morgan a peut être eu des soucis mais il était déjà présent et entraîné bien avant notre arrivée et il n’ait pas le seul à avoir eu des avaries .
    Atalante ayant du abandonné une manche pour rupture d’ une drisse de Gv !
    j’aimerai qu ´à l avenir l Afpr ait un plus de discernement sur l ´analyse des résultats .
    Bien cordialement Veronique Protat

  3. carchambeaud on

    Bonjour Véronique,
    Merci pour l’intérêt que vous portez aux informations publiées sur notre site.
    Je tiens à rappeler que nous mettons chaque année un ou plusieurs articles en ligne sur le Rendez-vous de la Belle Plaisance de Bénodet dans lesquels vous êtes cités à chaque fois :
    2015 : Rendez-vous-de-la-belle-plaisance 2015/
    2014 : Agathe et Atalante au rendez vous de la belle plaisance de Bénodet/
    2013 : série d’articles rédigés par l’équipage de Taol, « 5 jours à Bénodet »

    J’ajoute qu’Atalante est cette année en couverture de notre bulletin annuel (cf article paru cette semaine).
    Bref, vous êtes probablement le Requin de la flotte le plus vu dans nos pages…

    Enfin, si Morgan est cette année mis à l’honneur dans notre article, c’est non seulement parce qu’il a gagné, mais surtout parce que son skipper nous a envoyé un mail pour nous raconter l’évènement.
    Je vous invite chaleureusement à nous transmettre photos et textes pour que nous puissions être en mesure de relater les courses auxquelles vous avez participé. Nous ignorions par exemple que vous aviez gagné le prix de l’élégance l’an dernier ou que vous aviez du abandonner une manche cette année pour rupture d’une drisse.
    A bientôt.

  4. Bruno TANTET on

    Illustration parfaite de l’épisode 4 de la série sur les règles de course aux dernières régates de La Trinité.
    Mon analyse :
    Passage bouée au vent avec MORGAN tribord amure mais over-layline pour enrouler plus vite la bouée babord sur ce parcours construit avec une porte au vent et pas de dog-leg, donc nécessité d’abattre en grand à la bouée.
    MAYA qui suit à une longueur et arrive babord voit une opportunité de faire l’intérieur à MORGAN en virant quasiment sur la bouée et en tout cas dans la zone des 3 longueurs.
    MORGAN, tribord amure doit manoeuvrer pour éviter MAYA. MORGAN s’estime léser et réclame contre MAYA.
    Dans ce cas, la question décisive est : est-ce que MORGAN a du loffer au-delà du plus près pour éviter MAYA ? Les 2 skippers peuvent ne pas avoir la même appréciation de la réponse à donner….
    Ce qu’il faut retenir, MORGAN en ouvrant la porte prend le risque de laisser MAYA s’introduire…, la prochaine fois il tachera de rester strictement sur sa lay-line….
    MAYA prend un gros risque en jouant l’intérieur devant un bateau arrivant tribord amure, sans un témoignage solide (autre concurrent ou présence d’un bateau jury à proximité) et une situation évidente il a toutes les chances de devoir faire un 360, ou d’être disqualifié….