Règles de course – un bateau prioritaire est-il un obstacle ?

Par Didier Grèze, arbitre national

Un bateau prioritaire est-il un obstacle ? Si oui comment se comporter dans une telle situation ?

Dans ce sujet nous allons étudier une situation de course fréquemment rencontrée sur les plans d’eau.

Sur le bord de près, 2 bateaux, bâbord amure au près, sont engagés. Leur route est convergente avec un autre bateau, tribord amure au près.

La question est la suivante le bateau tribord est-il un obstacle pour les deux bateaux bâbord engagés ?

Si oui, comment doivent agir les 2 bâbords ?

Nous allons revoir :

  • dans un premier temps, les définitions utiles dans ce cas de figure
  • dans un deuxième temps, les règles qui régissent cette situation

puis analyser les actions des bateaux concernés par la situation.

1. Définitions :

En course : un bateau est en course depuis son signal préparatoire jusqu’à ce qu’il finisse et dégage la ligne et les marques d’arrivée ou qu’il abandonne ou jusqu’à ce que le comité de course signale un rappel général, un retard ou une annulation

Obstacles : un objet qu’un bateau ne pourrait passer sans modifier sensiblement sa route alors qu’il navigue directement vers lui et qu’il en est distant d’une longueur de coque. Un objet que l’on peut passer en sécurité seulement d’un côté et une zone ainsi défini dans les instructions de course sont aussi des obstacles. Cependant un bateau en course n’est pas un obstacle pour les autres bateaux à moins qu’il ne soit tenu de s’en maintenir à l’écart ou, si la règle 23 s’applique, de l’éviter. Un navire qui fait route y compris un bateau en course ne constitue jamais un obstacle en continu.

Place : l’espace dont un bateau a besoin dans les conditions existantes, y compris l’espace pour se conformer à ses obligations selon les règles du chapitre 2 ou la règle 31 pendant qu’il manœuvre rapidement en bon marin.

Route libre derrière et Route libre devant Engagement : un bateau est en route libre derrière un autre quand sa coque et son équipement en position normale sont derrière une ligne perpendiculaire passant par le point le plus arrière de la coque et de l’équipement en position normale. L’autre bateau est en route libre devant. Ils sont engagés quand aucun des bateaux n’est en route libre derrière. Cependant ils sont aussi engagés quand un bateau situé entre eux établit un engagement entre les deux. Ces termes s’appliquent toujours à des bateaux sur le même bord. Ils ne s’appliquent à des bateaux sur des bords opposés sauf si la règle 18 s’applique ou si les deux bateaux naviguent à plus de quatre vingt dix degrés du vent réel.

Se maintenir à l’écart : un bateau se maintient à l’écart d’un bateau prioritaire :

(a) si le bateau prioritaire peut naviguer sur sa route sans avoir à agir pour l’éviter et

(b) quand les bateaux sont engagés si le bateau prioritaire peut également modifier sa route dans les deux directions sans immédiatement entrer en contact.

Sous le vent et au vent : le côté sous le vent d’un bateau et le côté le plus éloigné du vent ou, quand il est au bout au vent, le côté qui était le plus éloigné du vent. Cependant quand il navigue sur la fausse panne ou plein vent arrière son côté sous le vent est le côté où se trouve sa grande voile. L’autre côté est son côté au vent. Quand deux bateaux sur le même bord sont engagés celui qui est du côté sous le vent de l’autre bateau est le bateau sous le vent. L’autre est le bateau au vent.

2. Règles

RCV 10 « Sur des Bords Opposés » : quand des bateaux sont sur des bords opposés, un bateau bâbord doit se maintenir à l’écart d’un bateau tribord.

RCV 11 « Sur le même bord engagé » : quand des bateaux sont sur le même bord et engagés, un bateau au vent doit se maintenir à l’écart d’un bateau sous le vent.

RCV 19 « Place pour passer un Obstacle »

19.1 Quand la règle 19 s’applique

La règle 19 s’applique entre deux bateaux à un obstacle sauf :

(a) quand l’obstacle est une marque que les bateaux sont tenus de laisser du même côté ou,

(b) quand la règle 18 s’applique entre les bateaux et que l’autre l’obstacle est d’un autre bateau engagé avec chacun d’eux.

Cependant à un obstacle continu la règle 19 s’applique toujours et la règle 18 ne s’applique jamais.

19.2 Donner la place à un obstacle

(a) un bateau prioritaire peux choisir de passer un obstacle d’un côté ou de l’autre (b) quand les bateaux sont engagés, le bateau à l’extérieur doit donner au bateau à l’intérieur la place de passer entre lui et l’obstacle sauf s’il a été dans l’incapacité de le faire depuis le moment où l’engagement a commencé

(c) pendant que les bateaux passent un obstacle continu, si un bateau qui était en route libre derrière et tenu de se maintenir en a l’écart devient engagé entre l’autre bateau et l’obstacle et qu’au moment où l’engagement commence il n’y a pas la place pour lui de passer entre eux, il n’a pas droit à la place selon la règle 19.2(b). Tant que les bateaux restent engagés, il doit se maintenir à l’écart et les règles 10 et 11 se s’appliquent pas.

La situation :

Il apparaît donc selon la définition « obstacle » que les trois bateaux étant en course, le bateau tribord est un obstacle pour les deux bateaux bâbord lesquels doivent s’en maintenir à l’écart (RCV 10).

De-même, les deux bateaux bâbords étant engagés, le bateau au vent doit se maintenir à l’écart du bateau sous le vent (RCV 11).

Mais le bateau extérieur doit donner au bateau à l’intérieur la place pour passer entre lui et l’obstacle (RCV 19.2(b)).

Dans le schéma ci-dessus, le bateau bleu bien qu’au vent du bateau vert est « intérieur » par rapport au bateau jaune qui est un obstacle pour les deux. Le bateau bleu doit pouvoir passer entre le bateau jaune prioritaire et le bateau vert sous son vent. Ce dernier doit lui laisser la place pour passer entre lui et le bateau « obstacle ».

Faute d’agir ainsi et en cas de réclamation, le bateau vert risque une disqualification

Nous avons ici encore la démonstration que les règles de la section C du chapitre 2, en l’occurrence la RCV 19 viennent limiter la portée des règles de la section A.

Enfin, il paraît utile de rappeler qu’en tout état de cause, dans le cas présent, les protagonistes doivent tout faire pour éviter le contact (RCV 14), d’autant qu’il serait dommage d’abîmer vos si beaux bateaux !